À l’entrée nord-est de Decize, le mur d’enceinte iconique « Céramique de Decize » dissimule encore une véritable cathédrale de poussière d’argile, où les ouvrières et ouvriers embauchent comme au siècle passé. Ce site, situé sur la commune de Champvert, a employé jusqu’à 450 ouvriers et a contribué à l’essor économique de la ville pendant plus d’un siècle. Aujourd’hui, l’usine continue de prospérer avec une quarantaine d’employés et s’exporte dans le monde entier.

Un gisement exceptionnel et une famille visionnaire

Tout commence à la fin du XIXe siècle. Joseph Boigues, alors âgé de 22 ans seulement, ingénieur agronome et passionné de minéralogie, se rend compte qu’il est propriétaire de terres riches en argile de qualité. Voyant le potentiel de cette ressource, il fonde en 1898 la Société des Céramiques de Decize, spécialisée dans la fabrication de briques et tuiles réfractaires.

L’entreprise est située à proximité du Canal du Nivernais et des carrières de La Machine et Champvert, facilitant l’approvisionnement en argile et charbon. Très vite, elle innove en produisant des carreaux en grès cérame, un matériau prisé pour sa résistance, qui fera sa renommée.

Le XXe siècle marque l’âge d’or de l’usine.

En 1916, le propriétaire de l’usine Céramique de Decize (UCD) a l’autorisation de relier son usine à la gare PLM (Paris-Lyon-Marseille), facilitant l’approvisionnement en terre pour la céramique. Une anecdote qui a son importance tant il a façonné Decize. « Le chemin du Tacot » au Faubourg Saint-Privé en est d’ailleurs un vestige. Les péniches déchargeaient alors la terre destinée à la fabrication de briques dans les wagons du petit train à vapeur, qui se faufilait alors à travers la ville., filant sur des rails étroits.

En 1958 s’entame une modernisation d’envergure. Fours électriques, nouvelles presses, et importation d’argile d’Allemagne permettent d’améliorer encore la qualité des produits.

En 1960, la production atteint 900 000 m2 par an, faisant de l’usine l’une des premières en France à fabriquer des carreaux en grès pleine masse. La croissance continue, et en 1975, avec 1,4 million de m2 produits, l’usine détient 8 % du marché français, se classant quatrième du secteur.

En 1977, elle lance la célèbre gamme « Val d’Aron », en grès émaillé mono-incrusté, qui rencontre un immense succès.

Crises et restructurations

Les années 80 sont difficiles : concurrence des carreaux italiens à bas prix, baisse des ventes et rigidités administratives plongent l’usine en règlement judiciaire en 1985. Malgré des investissements pour moderniser la production de mosaïque émaillée, la situation reste fragile.

L’usine change plusieurs fois de mains dans les années 90. De nouveaux équipements y sont alors installés :

  • 4 broyeurs de 38 000 litres chacun
  • 1 atomiseur de 10 tonnes de poudre par heure
  • 14 silos de stockage de 70 tonnes
  • Un four à rouleaux de 112 mètres de long

Mais les difficultés techniques et commerciales persistent. En 1992, un nouveau dépôt de bilan est prononcé. Après plusieurs reprises, l’activité est relancée sous le nom Nivergrès en 1997.

Malgré une intégration avec Paray Céramiques (Paray-le-Monial), l’usine ferme en 2006, entraînée par la faillite de son partenaire.

Une renaissance avec Winckelmans

En février 2007, la société Winckelmans, basée à Lomme (près de Lille), rachète l’usine et relance la production. Dirigée par Barbara Winckelmans, arrière-arrière-petite-fille du fondateur, l’entreprise est spécialisée dans les carreaux en grès cérame fin vitrifié de petits formats haut de gamme.

Le site est alors divisé en deux entités :
🔹 Decize Carrelages, dédiée à la fabrication des carreaux.
🔹 Champvert Atomisation, spécialisée dans la production de poudre céramique.

Sous la direction de Winckelmans, l’effectif passe de 18 à 38 salariés. Aujourd’hui, plus de 60 % de la production est destinée à l’export, notamment vers le Royaume-Uni et l’Australie.

L’entreprise a même ouvert un showroom à Pékin et une boutique à Paris !

Derrière le mur d’enceinte, l’usine se dresse toujours, immense… Ses hautes cheminées percent le ciel comme les flèches d’une cathédrale industrielle. Pour Jacques Moreaux, adjoint aux travaux et ancien ouvrier du site, ces bâtiments sont bien plus que de vieux murs : ils racontent un siècle de sueur, d’ingéniosité et de labeur.

L’usine céramique reste un emblème du passé ouvrier de Decize. Une mémoire vivante, façonnée par des générations d’ouvriers du Sud-Nivernais, de familles et d’enfants.

Aujourd’hui encore, le savoir-faire decizois rayonne à l’international. Positionnée sur un créneau haut de gamme, l’usine mise sur la qualité et le service, des valeurs qui séduisent bien au-delà des frontières.

Pour accompagner cette dynamique, une nouvelle ligne de production a vu le jour en 2023, grâce à un investissement de plus de 3 millions d’euros, soutenu par le plan de relance. Un bel exemple de tradition qui innove !

 Un symbole d’excellence, qui fait rayonner Decize bien au-delà de ses frontières.

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